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 Le Soleil d'Austerlitz

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FoxOfBismarcK



Messages : 55
Date d'inscription : 27/07/2016
Age : 17
Localisation : Alsace, Bas-Rhin

MessageSujet: Le Soleil d'Austerlitz   Dim 12 Fév - 20:26

Bonjour à vous les SDA !

Voici , voilà votre rédacteur préféré.... lol.


Je viens vous présenter mon regain d'activité avec les vacances qui débute ! Mais surtout, je viens vous apportez un peu de lecture avec ma dernière rédaction.

Plus de 30 heures de travail, plus 2 heures pour l'adaptation au format du forum. J'espère que vous avez la soirée, parce que vous avez de quoi vous occupez avec ceci !


Bonne lecture les enfants !






LE SOLEIL D'AUSTERLITZ


La bataille d’Austerlitz est vue depuis qu’elle a eu lieu comme la démonstration du génie militaire de l’Empereur des Français Napoléon Bonaparte. Elle a opposé une des meilleures armées françaises de tous les temps, la Grande Armée, aux forces coalisées des empires d’Autriche et de Russie.





I. L’Europe à la veille de la troisième coalition :


1. Une Europe à la paix fragile :

«Nous sommes en présence d’une deuxième guerre de Cent Ans.»


-Thierry Lentz, historien


En 1805, l’Europe est définitivement en paix depuis la signature du traité d’Amiens du 27 mai 1802 entre la République française dirigée par le Premier Consul Napoléon Bonaparte et le Royaume-Uni.

Cependant, cette paix est précaire. D’une part, si le traité se concentre sur les colonies (restituées à leurs Etats légitimes ante bellum) ou sur la situation en mer Méditerranée (l’Egypte et les ports du royaume de Naples), il reste muet concernant les conquêtes de la France et les républiques-sœurs qui ne sont toujours par reconnues par la Grande-Bretagne. D’autre part, la classe dirigeante britannique s’élève avec véhémence contre le traité. Par exemple, l’amiral Collingwood, le bras droit de lord Nelson, avait dit après la paix : «La question n’est plus de savoir si nous serons des conquérants ou si nous resterons un peuple !» ce sur quoi le secrétaire d’Etat à la Guerre, Windham, ajoute : «Bonaparte est notre maître». Ce traité peut plus être vu comme une suspension provisoire des hostilités que comme une tentative de paix durable sur le long terme dû à la mauvaise volonté respective des signataires.


Caricature de la paix d’Amiens


Qui plus est, le Premier Consul Bonaparte, puis l’Empereur Napoléon à partir de 1804, ne fait rien pour diminuer les inquiétudes de Londres. Après avoir renoncé à une politique d’expansion coloniale et maritime en Amérique du Nord, il s’impose en maître en Suisse, en Italie du Nord, en Allemagne, aux Pays-Bas au grand dam des Britanniques qui complotent contre le nouveau régime…. De provocations en échanges acerbes, la guerre reprend le 16 avril 1803.


2. Le camp de Boulogne et les plans de descente en Angleterre :


«Soyons maîtres du détroit six heures et nous sommes maîtres du monde !»


-Napoléon à l’amiral Latouche-Tréville



La Royal Navy s’empresse dès le début des hostilités de bloquer les côtes de France et de mettre les ports sous blocus. Toutes les escadres françaises se trouvent alors prisonnières dans leurs propres bases : Toulon, Rochefort, Brest, le Pas-de-Calais, les côtes belgo-néerlandaises.

Sur le plan «terrestre», notons que le Hanovre a été rapidement occupé par un corps français aux ordres du maréchal Bernadotte. A ce moment-là du conflit, les deux nations se retrouvent dans une sorte de drôle de guerre qui résulte d’une impasse stratégique. D’un côté, les réductions des effectifs de l’armée britannique ont diminué cette dernière de manière drastique ; qui plus est cette armée ne s’est pas non plus distingué les rares fois où elle a été engagé sur l’Ancien Continent (campagne de Hollande) ; enfin environ la moitié des forces britanniques sont réparties dans les diverses colonies de l’empire. D’un autre côté, la marine française n’est pas dans un état mirobolant non plus : manque d’officiers compétents dû à l’émigration de ces derniers très souvent nobles durant la Révolution, dégradation des bâtiments dans les ports, perte de plus de 55 navires durant les campagnes précédentes toujours pas remplacées, infériorité dans la conception des bateaux (trois-ponts contre deux ponts)….

C’est pourquoi Napoléon décide d’opérer une descente-une invasion en bonne et due forme-en Angleterre afin de «procurer à la France une paix de cent ans» selon ses propres mots. Il concentre en mai 1803 150 000 hommes et 400 canons de l’Armée des Côtes de l’Océan répartie en plusieurs camps dont le plus célèbre et le plus important est celui de Boulogne-Sur-Mer. Là, les troupes issues des campagnes de la Révolution reçoivent un entraînement systématique, apprennent de nouvelles évolutions tactiques, s’équipent de matériels et d’armement neufs… Le complot de Moreau demeure à l’époque dans tous les esprits et de nombreuses rivalités agitent les officiers des différentes anciennes armées de la Révolution jusqu’au haut-commandement : les anciens du Rhin méprisent les anciens d’Italie qui le leur rendent bien… Un aspect méconnu du camp de Boulogne est qu’il fait disparaître ou atténuer ces tensions afin de donner une vraie cohésion aux soldats français.



Distribution des croix de la Légion d’honneur au camp de Boulogne


3. La formation de la Troisième Coalition :


«Les Français ont un appétit de victoire que vous ne trouverez pas dans les monarchies, à commencer par la nôtre.»


-Charles Fox à William Pitt, dialogue tiré du docu-fiction Austerlitz, la victoire en marchant


Lorsque que William Pitt retrouve son poste de Premier Ministre, il fait fortifier les côtes et lever une milice de volontaire. Le Premier Ministre est néanmoins conscient de la faiblesse des armées anglaises, c’est pourquoi il va se décider à faire donner «la cavalerie de Saint-Georges» pour vaincre l’Empire français, financer une nouvelle coalition.

C’est la Russie qui est la première à rejoindre l’Angleterre. Le Tsar Alexandre veut ainsi se poser en médiateur de l’Europe, voire en «libérateur», lui qui a peu apprécié la politique consulaire en Orient, les recès du Saint-Empire au bénéfice des alliés de Napoléon ou encore l’exécution du duc d’Enghien (qui a été l’objet d’un échange de lettres furieuses entre Paris et Saint-Pétersbourg, Bonaparte rappelant au Tsar la mort suspecte de son père Paul).

La Suède, par crainte de se faire attaquer par les Russes, se met sous protection britannique, se coalise de même que le royaume de Naples sous la houlette de la reine Marie-Caroline de Habsbourg (dont les ports son sous occupation française).

Last but not least, c’est l’Autriche qui complète l’alliance. L’Empereur François II a ainsi penché en faveur du parti de la guerre devant la diplomatie plus qu’active des Français en Allemagne mais surtout devant la création du royaume d’Italie sous le sceptre de Napoléon Bonaparte. L’archiduc Charles, chargé de la réforme de l’armée, s’est en vain opposé au déclenchement de la guerre estimant que l’empire des Habsbourg n’est pas prêt à se confronter une nouvelle fois à la France. Nous verrons ce que l’Histoire en dira.

Caricature de l’Angleterre et la France se partageant le monde




II. La première phase de la campagne :

1. Les plans de la coalition :


«Cet homme est insatiable. Il veut la guerre ? Il l’aura et le plus tôt sera le mieux.»

-Le Tsar Alexandre parlant de Napoléon en 1805



La troisième coalition dispose d’un plan d’opérations combinées assez impressionnant sur la papier maniant à la fois diplomatie et art de la guerre et ceci sur un théâtre d’opération allant de la Baltique à l’Adriatique.

Au nord, 40 000 Russes, Anglais et Suédois commandés par Bennigsen doivent faire pression sur la Prusse pour qu’elle se joigne à la coalition. Ajoutées aux troupes prussiennes, ils sont ensuite censés s’emparer des Pays-Bas et du Hanovre.

Au centre, 89 000 Autrichiens sous l’archiduc Ferdinand renforcé des 55 000 soldats de Koutousov et de Buxhöven sont chargés d’envahir la Bavière puis l’Alsace-Lorraine.
En Italie, le gros des forces autrichiennes y sont concentrées sous le commandement de l’archiduc Charles afin de reconquérir la Lombardie, chère aux Autrichiens. Ils doivent être rejoints par une force anglo-russe débarquée à Naples.

Ce plan peut paraître magnifique mais il présente des erreurs stratégiques flagrantes. Premièrement, il se fie sur une mauvaise appréciation diplomatique car la Prusse s’est rangé dans le camp des neutres contre la cession du Hanovre par la France. En outre, les Britanniques n’ont pas les moyens d’engager autant d’hommes sur le continent. De plus, on constate que ce plan ne prévoit aucune concentration des efforts sur un point précis du front ou même une quelconque coordination entre les différentes campagnes qui peuvent alors connaître des fortunes diverses. Comme on le dirait à Bruxelles, «C’est beaucoup d’esbroufe !»



Carte représentant l’ensemble des belligérants à l’échelle du monde


2. La «pirouette» de l’Armée des Côtes de l’Océan :

C’est avec nos jambes plutôt qu’avec nos fusils que l’Empereur vainc les Autrichiens.»

-Un grognard en parlant des marches


Le 26 août, désespérant de voir arriver l’amiral Villeneuve et son escadre franco-espagnole et apprenant que l’Autriche concentre d’importants contingents dans le sud de l’Allemagne, Napoléon décide de quitter les côtes de la Manche pour aller affronter les coalisés. Il fait exécuter à ses troupes cantonnées sur la côte une «pirouette» destinée à concentrer le gros de sa force sur le théâtre d’opération principal qu’il a choisi : la Bavière.

C’est ainsi sept corps d’armée, la Garde impériale et la Réserve générale de cavalerie qui sont engagées dans une marche vertigineuse vers l’ennemi. Napoléon baptise l’ensemble de ses unités la Grande Armée. Jamais aucune force militaire n’a entrepris un tel mouvement à une aussi grande échelle.

Les itinéraires sont établis à l’avance et des éclaireurs (et non des moindres : le maréchal Murat ou le général Bertrand) sont envoyés pour reconnaître les terrains et futurs champs de manœuvres. Sur le passage des soldats, la population les acclame. Les troupes parcourent 25 kilomètres par jour avec 5 minutes de pause toutes les heures.

Parallèlement, des négociations sont menées avec les princes allemands alliés : Bavière, Bade… pour que leurs armées se joignent à la Grande Armée. Le corps de Bernadotte, auparavant cantonné au Hanovre descend vers le sud en empruntant le territoire prussien.


3. La manœuvre d’Ulm :

«Vous avez devant vous l’infortuné Mack»

-Le général Mack lors de sa reddition à Napoléon


Pendant ce temps, dès le 2 septembre, l’armée autrichienne de iure sous les ordres de l’archiduc Ferdinand et de facto sous le commandement du général Mack, favori des ministres, ami des Anglais et va-t-en-guerre a envahi la Bavière allié de la France. I a fait avancer ses troupes jusqu’à la ville d’Ulm d’où il attend alors les renforts russes de Koutousov.

Napoléon met alors au point un plan de campagne brillant, pour ne pas dire génial. Il fait effectuer à ses corps un large mouvement de contournement des positions autrichiennes vers l’est afin de se positionner sur les arrières de Mack. C’est ce qu’on appelle une manœuvre sur les derrières.


L'Empereur fait effectuer à ses troupes en mouvement enveloppant visant à se placer sur les lignes autrichiennes.


Alors que l’aristocrate attend les Français dans les débouchés de la Forêt noire, la Grande Armée lui tombe dessus par l’est. L’Autrichien a été bluffé à la fois par les diversions de la cavalerie française dans la Forêt et par la guerre de contre-information menée par l’agent Charles Schumeister qui a fourni de faux renseignements sur les positions de l’armée et sur la situation politique.

Malgré quelques difficultés mineures, Mack n’exploite aucun de ses avantages et reste obstinément l’arme au pied dans Ulm. Les batailles d’Elchingen et de Wertingen, la destruction de la colonne de Werneck concrétisent l’encerclement de l’armée des Habsbourg. Le 20 octobre, Mack dépose les armes avec 23 000 hommes sans espoir de renforts.

C’est une victoire totale plus remportée par des manœuvres décisives et coordonnées que par des batailles mineures. Napoléon a gagné la première phase de la campagne avec des pertes dérisoires.


Mack se rend à l’Empereur. Napoléon lui accorde sa liberté personnelle. Pourquoi donc ? Car aussitôt à Vienne, le vaincu ne cesse de parler de l’invincibilité de la Grande Armée et convaincre François II à la paix, qui la refusera.




III. La prise de Vienne et la situation stratégique :

1. La capture des ponts de Vienne :

«Soldats ! Ne nous arrêtons pas là ! […] Cette armée russe que l’or de l’Angleterre a transporté des extrémités de l’univers, nous allons lui faire subir le même sort.»

-Proclamation à la Grande Armée au lendemain de la victoire d’Ulm


Les Français se remettent en marche le lendemain de leur entrée dans Munich où de somptueuses fêtes ont été données pour célébrer la victoire française et la restauration de l’Electeur dans sa capitale. L’avance des troupes françaises se fait sans difficulté devant un ennemi qui recule harcelé par l’avant-garde du prince Murat qui ramasse des prisonniers à tout va.

Dès qu’il a appris la défaite de Mack, le feld-maréchal russe Koutousov, qui se trouve alors sur l’Inn avec 27 000 hommes, décide de battre en retraite immédiatement. Il n’écoute guère les conseils des généraux autrichiens qui proposent de défendre encore Vienne. Au contraire, il se dirige vers la Moravie (en actuelle Tchéquie) pour effectuer sa jonction avec son compatriote Buxhöwden.

L’avant-garde Grande Armée entre dans la capitale autrichienne le 12 novembre. Le lendemain, les maréchaux Murat et Lannes, avec audace et effronterie, convainquent le colonel chargé de détruire les ponts qui enjambent le Danube qu’un armistice a été signé entre Napoléon et François II et s’en emparent sans tirer un coup de feu !

L’occupation de Vienne se fait pacifiquement. La population reste passive, assistant avec curiosité et parfois admiration aux revues des troupes françaises. Les officiers de Napoléon (lequel s’installe au château impérial de Schönbrunn) mettent la main sur l’Arsenal de la capitale qui regorge de milliers de pièces d’artillerie, de munitions, de mousquets,…. Qui serviront à remplacer le matériel français défaillant.


Entrée des Français dans Vienne


2. Le retrait russe et l’arrivée du Tsar Alexandre :

«Mon major, nous sommes tous des grenadiers !»

-Un fusilier du corps de Mortier quand il apprit que les grenadiers allaient charger en premier


Comme vu plus haut, Koutousov bat en retraite. Il s’est néanmoins heurté au 8e corps du maréchal Mortier le 11 novembre. Avec 20 000 soldats, le borgne tend une embuscade à la division Gazan où se trouve le maréchal à Durrenstein. Néanmoins, les Français se dégagent impétueusement avec de lourdes pertes de part et d’autre. N’ayant pas voulu engager tous ses effectifs, l’état-major russe perd là une occasion en or pour une victoire à peu de frais.

D’autres combats mineurs ont aussi lieu à Hollabrünn après que Bragation eut usé du même stratagème de Murat, faisant croire au commandant en chef de la cavalerie qu’un armistice a été conclu entre Alexandre et Napoléon.

Koutousov arrête sa retraite le 19 novembre à Olmütz, en Moravie. Il opère ici sa jonction avec les troupes de Buxhöwden et le corps autrichien du prince de Lichtenstein (15 000 hommes) portant ainsi les effectifs alliés à 86 000 soldats. Les empereurs François et Alexandre sont présents au côté de leurs armées. Profitant de son avantage (il a plus d’hommes et n’a eu l’humiliation d’abandonner sa capitale), le Tsar prend le commandement de l’ensemble des armées. Alexandre se figure alors être un grand stratège et est plein d’ardeur belliqueuse et batailleuse.



Le Tsar Alexandre Ier. Ayant succédé à son père en 1800, il adopte dans un premier temps sa politique de neutralité avant d’opérer une volte-face diplomatique. Ce ne sera pas la dernière…


3. La situation en Italie :

«Après tant de siècles, César et Alexandre avait un successeur.»

-Stendhal au sujet du jeune général Bonaparte dans la Chartreuse de Parme


L’armée d’Italie, composée de troupes françaises du maréchal Masséna et de l’armée royale italienne d’Eugène de Beauharnais, fait face à l’armée de l’archiduc Charles. Surestiment grandement les forces françaises, l’archiduc ne veut pas risquer sa force dans une bataille décisive alors qu’il se sait absent du principal théâtre d’opération (lorsqu’on lui a appris que Napoléon et la Grande Armée se trouvent en Allemagne). Une trêve a même été conclue !

Cependant, quand il apprend les succès de la Grande Armée à Ulm, le maréchal français prend l’offensive et passe l’Adige le 18 octobre. Charles est alors en train de se replier vers l’Autriche mais se fait accrocher le 30 octobre. C’est la bataille de Caldiero. C’est une victoire française : après avoir subi de lourdes pertes, Charles se replie abandonnant le terrain aux Français. Plus ou moins 4000 Franco-italiens sont laissés sur le champ de bataille pour 10 000 soldats de la maison d’Autriche morts, blessés ou prisonniers.



Bataille de Caldiero


Dans le même temps, le corps du maréchal Ney, renforcé de la division bavaroise du général Deroy, entreprend la conquête du Tyrol.


4. La défaite de Trafalgar :

«Dieu soit loué ! J’ai fait mon devoir.»

-Amiral Nelson, ses derniers mots quand il apprit qu’il avait remporté la bataille de Trafalgar


Le 21 octobre, l’amiral Nelson anéantit dans la terrible bataille navale de Trafalgar la flotte de l’amiral Villeneuve forte de 22 navires français et de 15 bateaux espagnols avec ses excellents 27 vaisseaux de la Royal Navy.

Après avoir lancé son fameux ordre: «England expects every man will do his duty.», il engage le combat vers midi. Appliquant un principe bien napoléonien de concentration des efforts, Nelson a percé la ligne alliée ce qui lui permet d’assaillir un navire français ou espagnol avec plusieurs des siens en l’isolant de sa ligne de bataille.

Malgré la brave résistance acharnée des Français, la bataille tourne rapidement à l’avantage des Britanniques. A la canonnade s’ajoute parfois l’abordage et les salves à bout portant des mousquets. C’est par l’un d’eux que Nelson a été touché.

Il ne reste alors que de la force combinée franco-espagnole que 5 vaisseaux français et 3 espagnols. Ce désastre, non content de priver la France de sa flotte la plus considérable, provoque une vague d’inquiétude que la censure et les propos semi-rassurants des ministres n’atténuent pas le moins du monde.


5. Un petit tour diplomatique :

«La diplomatie sans arme, c’est comme la musique sans instrument.»

-Otto von Bismarck, chancelier d’Allemagne


Avant de rejoindre son armée en Autriche, Alexandre Ier s’est rendu à Berlin sous le pseudonyme de «comte du Nord». Là, il a rencontré le roi et la reine de Prusse. Le Tsar, avec plusieurs membres de son entourage-le prince Dolgorouki- a quasiment conclu une alliance avec la Prusse.

Selon les termes du traité, signé en secret le 3 novembre, le royaume de Prusse alignerait 180 000 hommes contre la France si elle refuse de se plier aux conditions prussiennes (toutes aussi inacceptables et humiliantes les unes que les autres). La Prusse a déjà commencé à mobiliser ses forces.

Parallèlement, l’Autriche a tenté aussi des ouvertures vers Napoléon, qui a posé des conditions draconiennes. Si l’Empire peut tirer son épingle du jeu à ce moment-là, c’est aussi grâce à l’habileté de Talleyrand qui arrime les alliés allemands à l’Empire, traîne ses négociations avec les Prussiens et les Autrichiens. Mais, plus que des discussions de cabinet, ce seront les armes qui feront pencher la balance.



Les souverains prêtent serment de combattre jusqu’à l’anéantissement de Napoléon sur le tombeau de Frédéric II. Remarquez la reine Louise au centre.




IV. Le choix de la bataille :

1. Les choix de Bonaparte :


La situation de Napoléon sur le front principal est tout autant délicate. La poursuite des Russes a mené les corps français à 97 kilomètres au nord de Vienne, à Brünn. Avec les unités laissées en garnison, en cantonnement ou sur les flancs pour protéger ses lignes de ravitaillement, la Grande Armée a fondu et ne se compose plus que de 70 000 hommes loin de chez eux, dans le froid et la faim.

La Prusse peut, dès qu’elle aura achevé de mobilier, se jeter sur les lignes désormais étirées des Français. L’archiduc Charles panse les plaies de son armée. Si Ney, Masséna ou de Beauharnais le laisse s’échapper, il pourra grossir les Austro-Russes de 85 000 hommes. C’est pourquoi Napoléon décide de la bataille, une bataille décisive et victorieuse qui lui permettra de soumettre la Russie et l’Autriche, d’impressionner la Prusse et de dissoudre la Troisième Coalition. Il semble qu’il a pris cette décision entre le 17 et le 21 novembre après plusieurs réunions orageuses avec ses maréchaux, notamment Murat ou Lannes et Soult (qui ont failli se battre en duel).


2. Le bellicisme russe :

«Allez dire à votre maître que je n’ai pas l’habitude de me laisser insulter.»

-Napoléon à Dolgorouki en concluant leur entrevue


Le souhait de Napoléon, livrer bataille, est partagé par le Tsar Alexandre et son entourage. Les jeunes nobles pensent que la Grande Armée ne sera pas capable de résister à une offensive. Ayant acheté leurs commandements, ils ne souhaitent que se couvrir de gloire sous les yeux de leur souverain. Tous pensent que les Français ne sont que 40 000 et au bord de la retraite.

Il faut avouer que l’Empereur fait tout pour les encourager : les troupes doivent manœuvrer de manière désorganisée sous les yeux de l’ennemi, simuler la fuite lors des combats entre les avant-gardes… allant même jusqu’à l’abandon d’un drapeau ! Le plateau de Pratzen est évacué.

Le clou est l’entrevue ayant lieu entre Napoléon et le prince Dolgorouki. En effet, l’Empereur a envoyé son aide de camp Savary pour féliciter le Tsar et solliciter une conférence avec lui. Si Alexandre refuse la conférence, il reste ouvert à la négociation et envoie son conseiller privé rencontrer «l’ogre». La rencontre, si elle semble courtoise, n’en tourne pas moins court. Chaque exigence russe étant aussi inacceptable les unes que les autres et le prince aussi arrogant que s’il avait déjà vaincu en cent batailles, Napoléon finit par s’énerver et mettre fin à la discussion.

De son quartier général, l’Empereur prépare ses ultimes mouvements de troupes et réunit son état-major. Chez les alliés, Dolgorouki ne cesse de répéter à qui veut l’entendre qu’il a vu l’armée française au bord de la défaite….


3. Le champ de bataille en lui-même :

«Jeunes gens, étudiez bien ce terrain, nous nous y battrons ; vous aurez chacun un rôle à jouer».

-Napoléon à ses aides de camp en étudiant le champ de bataille


Austerlitz n’est qu’un village situé à une dizaine de kilomètres au sud-est de Brünn. Le champ de bataille est une zone rurale de plaines dominée par le plateau de Pratzen. Au pied du Pratzen, on retrouve deux ruisseaux en forme de V l’entourant : le Goldbach et la Littawa. Au sud du plateau, on dénombre quelques étangs. Le climat froid et brumaux a fait geler les étangs.

Alors que les Austro-Russes prennent possession de manière décousue du plateau quelques jours avant la bataille, leurs colonnes se tirant dans les pieds des unes des autres, Napoléon et son état-major ont étudié le terrain à la perfection. Il n’y a pas un seul bosquet, une seule pente, marais, qui n’échappe à l’œil du Corse….


4. Les plans et ordres de bataille des belligérants :

«Messieurs, les dispositions prises pour demain ne peuvent plus être changées. Nous ferons notre devoir avec l’aide de Dieu.»

-Koutousov en clôturant la réunion de l’état-major austro-russe la vieille de la bataille


Le plan de bataille de la Coalition est de priver les Français de leur route de retraite présumée vers Vienne et d’encercler la Grande Armée en entier. Pour se faire, le général autrichien Weyrother, qui connaît les tactiques de Frédéric II de Prusse et qui tient le rôle de chef d’état-major de facto de Koutousov a mis au point un plan complexe d’encerclement de l’armée de Napoléon.

Une attaque oblique partant du plateau de Pratzen aurait pour but d’enfoncer le flanc droit français et de capturer toute l’armée. Pour se faire, quatre colonnes sous les ordres des Russes Przybyszewski et Dokhtourov, de l’Autrichien Kienmayer et de l’émigré français Langeron doivent descendre du plateau et réaliser le gros du mouvement. Il s’agit du gros des forces coalisés soit 43 000 soldats. Pendant qu’ils combattront, le centre sera tenu par un corps secondaire (17 000 hommes) aux ordres de l’Autrichien Kollowrath. Le flanc droit est sous les ordres du prince de Bagration qui a pour mission de lancer une attaque de diversion.

La Garde impériale russe forte de 4000 combattants, considérée comme l’élite des Alliés doit rester en réserve sous le grand-duc Constantin.

Le dispositif de la Grande Armée est le suivant : au nord la cavalerie de Murat et le corps de Lannes, au centre les troupes de Soult, qui s’étire jusqu’au flanc droit. L’Empereur rappelle de Vienne les corps de Bernadotte et de Davout. Si son beau-frère arrive à temps sur le centre, le corps du maréchal de fer s’épuise dans une longue marche nocturne. Cependant, les braves pressent suffisamment le pas pour venir couvrir le flanc sud. Qui plus est, le climat et la nature du terrain (village et marécage) peuvent leur permettre une défense efficace.

Napoléon souhaite profiter du mouvement ennemi pour le frapper à son endroit le plus faible par une contre-attaque subite. Ainsi, les flancs de Soult ou de Lannes pourraient attaquer un plateau dégarni. Ce n’est qu’au dernier moment, preuve d’une grande capacité d’adaptation, que le monarque choisit de porter son attaque avec les hommes de Soult.




5. La veille de la bataille :

«Soudain, Napoléon émergea de la nuit. […] Il était tout crotté de boue […] Il avait rejoint le premier bivouac venu seul, incognito.»

-Général Savary, Mémoires


Le 1er décembre, l’Empereur s’occupe des derniers préparatifs. Ce n’est qu’après avoir dîné avec son état-major qu’il explique son plan «final»-je le mets entre guillemets car à la guerre tout est question d’adaptation et Napoléon changera encore quelques détails de son plan. Les explications données, chaque maréchal regagne son poste de commandement personnel.

Des combats d’avant-gardes ont lieu sur le Golbach dès 22 heures. Les tirailleurs du Pô, des Piémontais solides de l’infanterie légère positionnée à Sokolnitz, font face aux premiers détachements coalisés. Envoyés aux nouvelles, Savary informe son maître que les hommes de la division de Friant arrivent au compte-goutte, tous épuisés et fatigués tandis que des forces ennemies se déploient sur son aile droite. Napoléon, devant le mouvement des Alliés plus au sud que prévu, décide de placer un bataillon à Telnitz et part inspecter lui-même les lignes.

L’Empereur est acclamé par les hommes de la division Vandamme et interroge ses soldats. L’un d’eux lui promet : «Les Russes nous ont appris dans les Grisons qu’il ne fallait contre eux que des baïonnettes… Nous te montrerons cela demain.» Dans sa visite, Napoléon, qui est accompagné de ses aides de camp et du maréchal Soult, se rapproche dangereusement des avant-postes russes, au point qu’il se heurte à des Cosaques en bivouac ! Les Chasseurs de la Garde et les aides de camp se ruent alors les cavaliers des steppes et dégagent l’Empereur.

Il regagne alors son camp de bivouacs en bivouacs. C’est alors qu’un grenadier décide d’éclairer le chemin de son chef avec une torche faite de paille. Le geste est répété avec spontanéité par une douzaine de bivouacs, et les Français ovationnent le Corse par des «Vive l’Empereur !» Les Russes et Autrichiens, en voyant les feux qui illuminent les positions de la Grande Armée, supposent que les Français brûlent leurs campements, vieille ruse de guerre, pour masquer leur fuite…



«C’est la plus belle soirée de ma vie» confiera Napoléon à un de ses aides de camp


Le moral des troupes présentes est excellent. On leur fait en outre lire la proclamation suivante :

«Soldats,

L’armée russe se présente devant vous pour venger l’armée autrichienne d’Ulm. Ce sont les mêmes bataillons que vous avez battus à Hollabrünn, et que depuis vous avez constamment poursuivis jusqu’ici.

Les positions que nous occupons sont formidables, et pendant qu’ils marcheront pour tourner ma droite, ils me présenteront le flanc.

Soldats, je dirigerai moi-même vos bataillons ; je me tiendrai loin du feu, si, avec votre bravoure accoutumée vous portez le désordre et la confusion dans les rangs ennemis ; mais si la victoire devait être un moment incertaine, vous verriez votre Empereur s’exposer aux premiers coups : car la victoire ne saurait hésiter dans cette journée surtout où il en va à l’honneur de l’infanterie française qui importe tant à l’honneur de la Nation.

Que sous prétexte d’emmener les blessés on ne dégarnisse pas les rangs, et que chacun soit bien pénétré de cette pensée, qu’il faut vaincre ces suspendis de l’Angleterre qui sont animés d’une si grande haine contre notre Nation.

Cette victoire finira notre campagne et nous pourrons reprendre nos quartiers d’hiver, où nous serons joints par de nouvelles armées qui se forment en France. Et alors, la paix que je ferai sera digne de mon peuple, de vous et de moi.

Napoléon»




V. La bataille des trois Empereurs :

1. Le brouillard et l’attaque de Telnitz et Sokolnitz :

«Les troupes de Davout sont des braves, bravissimi.»

-Napoléon, tiré du docu-fiction Austerlitz, la victoire en marchant


C’est vers 7 heures du matin que s’engagent les combats sur le flanc droit français entre le corps incomplet du maréchal Davout et les colonnes austro-russes.

A Telnitz, la cavalerie légère autrichienne du général Kienmayer se replie après avoir essuyé les tirs des fantassins du colonel Mouton. Cependant, la totalité de l’avant-garde autrichienne rejoint sa cavalerie et se lance à l’assaut de Telnitz : deux régiments de hussards et le 1er Szecklers. L’assaut est mené à cinq reprises dans une lutte sauvage à la baïonnette tandis que le jour se lève. Les Autrichiens connaissent des pertes lourdes : les deux tiers des Szecklers.

A Sokolnitz, le petit village est tout autant disputé par les combattants. Les maisons brûlent des canons russes pendant que les chasseurs austro-russes repoussent les Français derrière le Golbach. Les cavaliers légers (uhlans et hussards) sabrent les chasseurs à cheval. Ces derniers sont secourus par le 1er régiment de dragons envoyés par Davout en urgence. Le maréchal arrive à 9 heures sur le champ de bataille pour coordonner au mieux la défense son aile. Les Français utilisent le brouillard et leurs cris pour faire croire à l’ennemi qu’ils sont bien plus nombreux.




A 9h15, les premiers éléments de la division Friant (une brigade) renforce le 3e régiment de Mouton qui s’est fait expulser de Telnitz et qui reconstitue ses forces. Une contre-attaque est aussitôt mise au point. Le village est presque repris quand les canons et une brigade russe font à nouveau changés la donne. Le général Dokhtourov occupe le village mais une charge de dragons ne lui permet pas de pousser son avantage plus loin. A 9h45, le Russe stoppe ses troupes, conformément au plan, pour attendre les seconde et troisième colonne. Davout en profite pour retirer des régiments et les envoyer à Sokolnitz où l’ennemi se prépare à forcer le passage.

C’est en effet la colonne Langeron qui attaque enfin, après une heure de retard, qui se joint à la bataille. Avec 30 canons, l’infanterie de l’émigré français chasse les Tirailleurs corses du château local et imprime sa pression au nord du village. Les Français, malgré des contre-attaques incessantes, sont repoussés. Les maisons doivent être enlevées les unes après les autres. Davout, fidèle à son surnom de «maréchal de fer», combat avec la tête froide en fixant plus de 30 000 Russes avec une poignée de soldats !


2. Le duel Lannes-Bagration :

Au nord, les combats entre les corps de Bagration et de Lannes s’engagent en même temps que débutent les combats sur le plateau de Pratzen. Comme nous l’avons vu plus haut, il ne s’agit pour les deux camps que de combats de diversion destinés à éloigner des troupes utiles des points décisifs du champ de bataille.

Après avoir s’être frotté aux Russes de Bagration, la cavalerie légère se replie derrière l’infanterie de Lannes. L’Achille de la Grande Armée reçoit alors une charge massive de la cavalerie autrichienne que les divisions de Suchet et de Cafarelli repoussent et que la contre-charge des dragons de Walther et des chasseurs de Kellermann prennent de flanc, la repoussant ainsi définitivement. Les Austro-Russes buteront encore deux fois devant la cavalerie française avant de partir en déroute et d’être balayé définitivement par les cuirassiers et dragons de Murat.




Ayant désormais le champ libre, Lannes place la division Cafarelli sur sa droite et celle de Suchet sur sa gauche tandis qu’au centre de cette formation vient se placer une masse de rupture commandée par le maréchal Murat. Les cuirassiers d’Hauptoul sont alors donnés et enfoncent l’infanterie russe. L’ennemi se replie alors dans le plus grand désordre sur la route d’Olmütz. L’affrontement est néanmoins difficile et la progression française, bien qu’implacable, est ralentie sans cesse par les fantassins russes bien commandés.

Lannes, non-informé du déroulement des opérations sur les autres fronts, n’ose pas alors poursuivre le corps de Bagration qui parvient à organiser une retraite en bon ordre de son aile.


3. Et le soleil apparut :

«Nous pensions que nous étions loin de l’ennemi. Mais soudain, émergeant du brouillard, nous vîmes l’armée française déployée en bataille avançant vers nous.»

-Capitaine russe Yermolov, Mémoires


Enfin, à 9h30, les divisions de Saint-Hilaire et de Vandamme, rassemblées au pied de la pente en silence et couverets par le brouillard, débutent leur assaut, espéré décisif par Napoléon, sur le plateau de Pratzen. Formés en trois lignes en colonne d’attaque, les hommes de Soult gravissent la pente, traverse le ru de Pratzen et, quand le soleil déchire le brouillard et que le vent disperse les brumes, lance l’assaut ! «Rappelez-vous que vous avez battu les Russes en Suisse !» harangue une ultime fois le maréchal.

Aux cris de «Vive l’Empereur !», les Français prennent par surprise un ennemi qui ne les avait pas vu venir et en qui leur présente un flanc de manœuvre complétement exposé. La colonne de Kollowrath et de Miloradovitch est foudroyée par le feu de l’artillerie.

Koutousov, qui se trouve là, n’a aucun moyen pour appeler du renfort. Les régiments de Saint-Hilaire mettent en déroute les fusilliers de Novgorod, les bataillons d’Apchéron et sécurisent le village de Pratzen en un quart d’heure.

Pendant ce temps, Vandamme et ses vétérans s’occupent des jeunes recrues de Miloradovitch qui composent la tête de la colonne. Mais les «lignards» russes sont défaits, dispersés et leurs bouches à feu capturées. Deux généraux sont pris, un bataillon russe est presque entièrement anéanti. Koutousov est blessé lors des fusillades d’une balle au visage.


4. Difficulté sur le Pratzen et les Gardes entrent dans la danse :

«Comprenant qu’ils allaient mourir dans cette fête ;
Saluèrent leur dieu debout dans la tempête ;
Leur bouche, d’un seul cri, dit : vive l’Empereur !»


-Victor Hugo dans Les Châtiments


A 10h45, les renforts amenés par Koutousov sont anéantis. D’autres renforts sont prélevés sur les colonnes attaquant Telnitz et Sokolnitz pour participer à la reprise du plateau ce qui engendre une grande confusion dans les lignes coalisées. De son côté, Napoléon envoie Bernadotte et son corps d’armée en soutien de Soult. Les contre-offensives, si elles arrêtent momentanément la progression du corps de Soult, ne l’empêchent pas pour autant de continuer sur sa lancée. En effet, Koutousov ne semble rien dirigé, son état-major binational ne monte que des attaques sans aucun soutien, décousue…. Cependant, les chefs se dévouent à tenter de faire tenir une ligne sans grand succès : le comte Tiesenhausen, aide de camp du Tsar et beau-fils du généralissime est tué en tentant de rallier un bataillon drapeau à la main, les généraux Jurschek, Berg ou encore Repinski sont blessés et capturés, leurs troupes partant en déroute.

A 11h, le Tsar, qui a vu passer sous ses yeux une partie de ses troupes en fuite, donne l’ordre à son frère Constantin d’engager la Garde impériale russe au combat. Les régiments Préobrajenski et Séménowski chargent le 4e de ligne qui les fusillent avec l’appui de l’artillerie de la Garde. Mais, les escadrons d’élite arrivent sur ces entrefaites, enfoncent les carrés à peine formés des Français pour couvrir la retraite des gardes à pied malmenés. Les Chevaliers-Gardes parviennent même à s’emparer d’un aigle. Napoléon envoie contre eux sa propre Garde montée : grenadiers à cheval, mamelouks. Sous la direction du général Rapp, ils chargent les Russes au cri de «Faisons pleurer les dames de Saint-Pétersbourg !». Ils prennent le chef des Chevaliers-Gardes, le prince Repnine, ses officiers et 200 cavaliers. Comment expliquer la défaite de l’élite de l’armée russe ? L’historien (russe) Oleg Sokholov nous l’explique : «Imaginez-vous une équipe de football où il y a des gens qui comprennent tout, qui savent déjà ce que vont faire leurs compagnons à droite et à gauche et de l’autre côté une équipe avec des sportifs absolument brillant mais qui agissent chacun dans leur coin. C’est la différence entre l’armée de Napoléon et celle des Alliés.»




Soult entame alors ses ultimes mouvements sur les arrières russes.


5. Réduction des dernières poches et agonie dans les lacs :


La bataille est à ce moment-là indubitablement gagnée par la Grande Armée. Le Tsar se replie avec son frère et les débris de sa Garde. Koutousov, bien qu’introuvable, parvient à transmettre un ordre de repli qui ne fait qu’officialiser la situation de l’armée coalisée.

Nous l’avons vu, sur le flanc gauche, le prince Bagration se replie en bon ordre et abandonne la partie. Au centre, l’artillerie française accélère le repli austro-russe. Les bataillons étrillés de Miloradowitch descendent et retrouvent leurs camarades du flanc gauche (russe donc le flanc droit français).

Méthodiquement, les Russes et Autrichiens sont repoussés et concentrés vers les étangs gelés. Ils sont attaqués de tous les côtés, sous le feu de l’artillerie. A 13h, Davout, qui avait jusqu’ici rongé son frein, contre-attaque avec tous ses hommes. Implacable, il fait encercler les Russes afin que pas un ne s’échappe vers le nord. Le comte de Buxhoeweden, parfaitement ivre, donne l’ordre de retraiter vers les étangs gelés. Cette humiliante retraite se transforme en cauchemar éveillé quand l’artillerie française ouvre le feu. Les Russes se noient dans les étangs qui cèdent sous leur poids…. Langeron est fait prisonnier avec quelques-uns de ses soldats et amené devant l’Empereur.




Des combats sporadiques ont encore lieu jusqu’à la tombée de la nuit mais la bataille est finie et l’Aigle l’emporte.




VI. Conséquences :

1. La paix de Presbourg :

«Les Anglais sont des marchands de chair humaine.»

-François II de Habsbourg


La coalition laisse 180 canons, 45 drapeaux, 11 000 prisonniers et 12 000 blessés sur le terrain. Les Français déplorent 7000 blessés ainsi qu’une poignée de prisonniers et un unique aigle pris par la garde russe. Sont tombés au champ d’honneur 1300 Français et 4000 Austro-russes. L’Empereur fera verser une pension aux veuves et les orphelins deviendront des pupilles de l’Etat…. Au lendemain de la bataille, l’armée coalisée est brisée moralement au plus profond de chacun de ses membres. Continuer la lutte n’est plus d’actualité. Les débris des troupes tsaristes se replient vers la Pologne, les Habsbourg sollicitent un armistice immédiat et l’ouverture de négociations.



Rencontre entre les Empereurs des Français et d'Autriche


Le 4 décembre, François II d’Autriche rencontre l’Empereur Napoléon. Au milieu des régiments de la Garde impériale, ils s’entretiennent cordialement pendant une heure. Les deux souverains s’entendent sur les responsables de la guerre, les Britanniques et règlent les grandes lignes du traité de paix. Quand ils se séparent, le travail des diplomates commencent… C’est le 26 novembre qu’est signé le traité définitif de paix, dans la ville de Presbourg. L’Autriche est expulsée d’Italie et d’Allemagne. Cela signifie que la Vénétie revient au royaume napoléonien d’Italie, que la Bavière prend possession du Tyrol. En outre, tous les alliés de l’Empire s’agrandissent de bric et de broc. En outre, l’Autriche doit payer 40 millions de florins en guise d’indemnités.


2. Une Europe de l’Ouest française :

«D’un côté c’est la France ;
De l’autre c’est le monde ;
Des héros déjà Dieu trompait l’espérance ;»


-Victor Hugo, Châtiments


Le jour suivant la bataille, Napoléon fait lire cette proclamation félicitant ses troupes :

« Soldats, je suis content de vous.

Vous avez, à la journée d'Austerlitz, justifié tout ce que j'attendais de votre intrépidité ; vous avez décoré vos aigles d'une immortelle gloire. Une armée de 100 000 hommes, commandée par les empereurs de Russie et d'Autriche, a été, en moins de quatre heures, ou coupée ou dispersée. Ce qui a échappé à votre fer s'est noyé dans les lacs.

Quarante drapeaux, les étendards de la garde impériale de Russie, cent vingt pièces de canon, vingt généraux, plus de 30 000 prisonniers, sont le résultat de cette journée à jamais célèbre. Cette infanterie tant vantée, et en nombre supérieur, n'a pu résister à votre choc, et désormais vous n'avez plus de rivaux à redouter. Ainsi, en deux mois, cette Troisième Coalition a été vaincue et dissoute. La paix ne peut plus être éloignée ; mais, comme je l'ai promis à mon peuple avant de passer le Rhin, je ne ferai qu'une paix qui nous donne des garanties et assure des récompenses à nos alliés.

Soldats, lorsque le peuple français plaça sur ma tête la couronne impériale, je me confiais à vous pour la maintenir toujours dans ce haut éclat de gloire qui seul pouvait lui donner du prix à mes yeux. Mais dans le même moment nos ennemis pensaient à la détruire et à l'avilir ! Et cette couronne de fer, conquise par le sang de tant de Français, ils voulaient m'obliger à la placer sur la tête de nos plus cruels ennemis ! Projets téméraires et insensés que, le jour même de l'anniversaire du couronnement de votre Empereur, vous avez anéantis et confondus ! Vous leur avez appris qu'il est plus facile de nous braver et de nous menacer que de nous vaincre.

Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur et la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous ramènerai en France; là, vous serez l'objet de mes plus tendres sollicitudes. Mon peuple vous reverra avec joie, et il vous suffira de dire, "J'étais à la bataille d'Austerlitz", pour que l'on réponde, "Voilà un brave"»

La nouvelle de la victoire provoque dans tout l’Empire français et ses Etats alliés (République batave, royaume d’Italie, Etats allemands sauf peut être l’Espagne endeuillée par Trafalgar) une immense joie populaire. Bientôt de retour à Paris,
l’Empereur pourra régler les affaires internes qu’il a dû délaisser pour sa campagne.

La Prusse s’empresse de désarmer et engage de nouvelles discussions avec le vainqueur, où le ton n’est plus le même. En Angleterre, William Pitt mourra quelque temps après la bataille, en se rendant certainement compte de ses conséquences. Un parti favorable à la paix menée par Charles Fox obtient alors le pouvoir.

Naples est conquise peu de temps après au profit de Joseph Bonaparte et la république batave s’érige en royaume de Hollande sous le sceptre de Louis Bonaparte. Qui plus est, le Saint Empire romain germanique est dissous et ses anciens membres alliés de la France fondent la Confédération du Rhin.

La bataille d’Austerlitz a fait de Napoléon en moins de quelques mois, par le biais de ses alliés, de ses vassaux ou de ses conquêtes, un nouveau Charlemagne. Et pour le premier anniversaire de son Sacre !




VII. Conclusion :

1. Enseignements sur le plan militaire :

«C’est le dieu de la Guerre en personne.»

-Carl von Clausewitz en parlant de Napoléon


La bataille d’Austerlitz correspond à l’application optimale des principes de guerre français : l’économie des moyens, la concentration des efforts, la liberté d’action ainsi que le principe de foudroyance.

Napoléon Bonaparte a ainsi réalisé une économie des moyens sur son flanc droit. Ses soldats, tous des vétérans, se sont battus aussi vaillamment qu’intelligemment en utilisant le brouillard, la configuration des rues, des maisons pour tenir un maximum d’ennemis en respect avec le minimum de combattants. Il convient aussi de souligner le rôle de Davout qui a admirablement géré la partie le plus difficile de la bataille.

La concentration des efforts a eu lieu lors de l’assaut de Soult sur le plateau de Pratzen et puis lors des affrontements pour le tenir. C’est sur ce point décisif que Napoléon envoie ses réserves au moment critique : le corps de Bernadotte, la cavalerie de la Garde…. Lors de son attaque, le maréchal Soult a fait usage du principe de foudroyance : ses divisions se sont rassemblées en silence dans le brouillard avant de se porter rapidement sur les Russes quand le soleil apparut.

Enfin, Napoléon conserve tout au long de la bataille sa liberté d’action : il peut amener les troupes qu’il veut au point où il le désire sans que cela affecte le cours de la bataille. Il peut adapter ses plans aux circonstances. A l’inverse, les coalisés se retrouvent à se battre séparément comme les tronçons d’un arbre qu’on vient de couper. A ce moment-là, la victoire est proche.

Je veux encore souligner que la Grande Armée est une force parfaitement entraînée. Ses composantes peuvent réaliser des manœuvres complexes et interarmes sans aucune difficulté. De plus, la motivation, le feu sacré comme dirait Napoléon, est maximale du fait du patriotisme, des idéaux de la Révolution et de la foi en l’Empereur.


Sources :


-COLSON B. et COUTAU-BEGARIE H. (sous la direction de), Armées et marines au temps d’Austerlitz et de Trafalgar, Ed. Economica, Paris, 2007

-LACOUCHE H., Napoléon à Austerlitz, Editions Guy Victor, Paris

-LENTZ Th, Nouvelle Histoire du Premier Empire-Napoléon et la conquête de l’Europe 1804-1810, Fayard, Paris, 2002
-MADELIN L., Histoire du Consulat et de l’Empire, Robert Laffont, Paris

-MOURRE M., Dictionnaire encyclopédique de l’Histoire du Monde, Editions France Loisirs, Paris, 2008

-ROTHENBERG G. E., Atlas des guerres napoléoniennes, Editions Autrement, Paris, 2000

-Chronique de l’Humanité, Elsevier

-HISTOIRE POUR TOUS (Eginhard), «La bataille d’Austerlitz», www.histoire-pour-tous.fr/batailles/294-...-dune-bataille.html

-WIKIPEDIA, «Bataille d’Austerlitz», fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d'Austerlitz#Le_discours_de_l.27empereur

-WIKIPEDIA, «Bataille de Caldiero (1805)», fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Caldiero_(1805)

-WIKIPEDIA, « Bataille de Dürenstein», fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_D%C3%BCrenstein

-WIKIPEDIA, «Camp de Boulogne (Napoléon)», fr.wikipedia.org/wiki/Camp_de_Boulogne_(Napol%C3%A9on)

-Le docu-fiction Austerlitz, la victoire en marchant

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MessageSujet: Re: Le Soleil d'Austerlitz   Lun 13 Fév - 0:49

Magnifique ! Très très bon travaille qui surpasse ce que j'ai fait par le passé !
Franchement bravo ! Propre, clair, précis, construit et complet !

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MessageSujet: Re: Le Soleil d'Austerlitz   Lun 13 Fév - 20:42

Un remarquable travail qui nous éclaire sur cette tres belle victoire en la mettant dans son contexte

Merci de nous faire partager cet incroyable boulot! Digne du forum de la guerre!!!

Humbles respects

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MessageSujet: Re: Le Soleil d'Austerlitz   Lun 13 Fév - 20:52

Très jolie travail, evite de faire de nouveau sujet quand les sujets existent deja par contre^^.

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